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Prose

Collège Français de Nha Trang dans les années 60 - 70


Truong Bich Diep (CFNT)

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Collège Francais de Nha Trang (1962)

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De retour à Nha-Trang, aucun ancien élève ne peut s’empêcher de faire un détour par notre ancienne rue Bá-Đa-Lộc, maintenant appelée Lý-Tự-Trọng. Hélas, notre Collège n’est plus. Il a bien changé physiquement et abrite maintenant trois établissements d’éducation : un jardin d’enfants de face, une école de formation des maîtres sur le côté et à l’arrière, là où se trouvait le pavillon du Directeur, une résidence pour étudiants.

N’oublions pas que l’entrée principale du Collège n’a donné sur la rue Bá-Đa-Lộc que jusqu’aux alentours de 1961-62, date à laquelle l’armée américaine s’installa juste devant. Le jardin de la grande villa en face du Collège vit des immeubles s’ériger en son sein, des barbelés entourer son enceinte et une partie de la rue Trần Hưng-Đạo interdite d’accès et surveillée par la police militaire américaine.

Notre collège paisible fut soudainement proie au va-et-vient incessant des jeeps, à de la musique rock à hauts décibels émise dès le milieu de l’après-midi et des soldats américains s’interpelant et riant bruyamment du haut de leurs quatre ou cinq étages. Non, ce n’était pas une caserne de soldats, ni l’état-major de l’armée américaine ; celui-ci s’est installé au Grand Hôtel, ravissante bâtisse coloniale entourée d’un grand jardin à la française, donnant sur la grande avenue Duy-Tân (maintenant Trần Phú), face à la mer. C’étaient probablement des bureaux avec, en bordure de la rue Bá-Đa-Lộc en face du Collège, une résidence pour officiers et sous-officiers et leur mess au dernier étage.

Est-ce à la demande de l’armée américaine ou simplement par une décision de la Direction du Collège, les élèves, leur vélo et les rangées de cyclo-pousses qui les amenaient et venaient les chercher, ont dû déménager sur la rue Trần Hưng-Đạo où se situa dorénavant l’entrée du Collège. D’ailleurs, ces moyens de locomotion si pratiques, qui pouvaient transporter jusqu’à quatre enfants (dont deux assis sur une planche en bois) ne firent pas long feu : nos « chauffeurs » étaient plus intéressés à courir après la clientèle des riches GI que de nous transporter au mois, ce qui était fort compréhensible.

Le Collège a eu l’occasion d’accueillir en son sein quelques enfants d’officiers américains. Ils n’ont effectué qu’une année scolaire ou deux, mutation de leur père oblige, mais les brassières qu’ils portaient sur leurs dents (appelées maintenant appareils dentaires) nous ont beaucoup impressionnés !

Un jour de septembre 1966, ce fût l’ébullition. Le Président De Gaulle, de visite à Pnom-Penh, prononça un discours dans lequel il dénonça vivement la guerre du Viêt-Nam et prôna la neutralité du pays. Les réactions ne se firent pas attendre. Les manifestations anti-françaises surgirent dans tout le Sud Viêt-Nam. Suivirent des mesures plus catégoriques dont certaines nous ont particulièrement marqués : frein aux importations des produits venant de France ; conseils assez persuasifs aux jeunes de ne point aller dans le pays de Molière pour leurs études supérieures ; vietnamisation progressive des écoles françaises restantes sur le territoire.

Des motos Honda ou Suzuki, plus légères, plus maniables, moins bruyantes et surtout moins coûteuses ont ainsi déferlé sur la ville et remplacé avantageusement les VéloSolex, Mobylettes ou Vespas. De couleur rouge, verte et bleue, elles étaient bien plus gaies. Seules les petites cylindrées (50 et 90 cc) étaient autorisées car il ne fallait pas qu’elles roulent trop vite ; et tout passager était obligé de s’asseoir les jambes sur le côté, mesure anti-terroriste par excellence mais quel spectacle !

Pendant des années, bon nombre de jeunes ayant obtenu leur baccalauréat français, sont partis continuer leurs études en Belgique, Suisse ou au Québec, faute de pouvoir les effectuer en France. Et ce qui fut dramatique pour nous tous, dès l’année scolaire 67-68, les classes primaires passèrent à l’éducation mixte et le Collège recula progressivement d’une classe chaque année au profit de l’école Hàn-Thuyên.

En parallèle, une autre réglementation, étroitement liée à la situation politique du pays, a influencé indirectement l’effectif du Collège : la mobilisation générale des hommes de 18 à 45 ans. Etait appelé à joindre l’armée tout jeune en retard sur ses études, fut-ce d’une seule année. Dès son annonce, elle entraîna une véritable hémorragie dans les classes supérieures du Collège, les parents s’empressant de transférer vers les écoles vietnamiennes leurs garçons qui avaient été obligés de redoubler dans les petites classes (à l’époque, le redoublement n’était point une mesure d’exception, bien au contraire).

L’évaporation s’est également faite sentir chez les filles, le Collège n’offrant que la section D (Sciences naturelles) à partir de la classe de Seconde. C’est ainsi que l’unique classe de Première de l’année 1969-70 s’est retrouvée avec 18 élèves dont seulement 3 garçons !
Le Collège a accompagné les évolutions politiques du pays et vécu bien de turbulences. Combien de temps a-t-il tenu après 1975 ? C’est peut-être le seul des principaux établissements scolaires de Nha-Trang à subir une telle métamorphose physique alors que le lycée voisin, Võ Tánh, n’a pas pris une seule ride. .

Bich Diêp

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