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Prose

Souvenirs de HUẾ – Avec ma Mère et sur la colline de QUẢNG TẾ à NAM GIAO


QUỲNH CHI

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Ma mère Hồng-Cẩm m’apparaissait d’une rare douceur et d’une sainte simplicité. Jamais elle ne nous avait grondés. Chaque jour elle accomplissait ce qu’elle avait à faire, assurée de l’assistance de la divine Providence qui veillait sur ses enfants. Je la voyais toujours douce, joyeuse et aimable avec tous et toutes. Je l’accompagnais partout où elle allait.

Mon école primaire française était à quelques pas de son lycée français où elle travaillait comme secrétaire. Après la classe, je passais l’attendre à son école pour rentrer ensuite à la maison avec elle.

Je me rappelle des visites avec ma mère chez ma grand-tante qui habitait Phủ An Thường Công Chúa, une belle maison antique au bord de l’eau, à Chợ Cống. Tandis que les adultes causaient dans la maison, j’aimais me promener parmi les arbres fruitiers comme bananiers et goyaviers ; ou m’amuser au bord de la rivière à la recherche des mini crevettes toute transparentes qui se cachaient dans les algues ; ou à la poursuite d’un groupe de mini poissons phosphorescents qui nageaient très vite à la surface de l’eau…

Les pèlerinages à la pagode Châu Lâm avec toute la famille m’ont spécialement impressionnée. Cette pagode située dans les forêts sur les plateaux loin de la ville m’attirait par son charme naturel et pieux.

Une fois, alors que les grandes personnes se reposaient après le dîner, je fis le tour dans le temple, toute seule, m’arrêtant devant chaque autel et chaque statue, méditant et rêvant d’un monde lointain. Maintenant que j’y pense, je me demande pourquoi, encore si petite – pas plus de dix ans – je n’avais pas peur de ces grosses statues, des personnages ayant parfois l’air bizarre et très sévère qu’on trouve dans les pagodes bouddhistes. C’est que je croyais beaucoup en tout ce que ma mère m’enseignait, de là, j’avais une grande confiance en la bonté des êtres invisibles qui, habitant un monde de paix et de bonheur, nous aiment et nous protègent…

En 1965, avec le décès de ma grand-mère, mon grand-père se trouvait seul. Ma mère décida de retourner à Huế pour prendre soin de lui et elle m’emmena avec elle.

J’aimais beaucoup cette nouvelle maison de mes grands-parents sur la colline Quảng Tế à Nam Giao. Elle donnait sur le chemin qui conduisait à la pagode Châu Lâm et aux fameux monuments tombals des rois Nguyễn. Les collines et les montagnes m’étaient toujours si chères, car j’avais toujours gardé de beaux souvenirs d’enfance lorsque je suivais ma famille en pèlerinage vers ces hauts plateaux ; je me sentais chez moi dans ce paysage rustique et paisible. Le voisinage était habité par quelques membres de notre parenté et quelques gens du village que nous considérions aussi comme de la famille. Non loin de la maison de mes grands-parents se trouvait la chapelle Trần Tộc Từ Đường de mes ancêtres maternels, la famille Trần.

Souvent je me levais tôt le matin, lorsque la rosée demeurait encore brillante dans les feuillages, et passais de longues heures sur la colline. Je m’asseyais sur quelque petit rocher écoutant la douce mélodie du vent dans les pins aux longues aiguilles.

La scène d’un pauvre paysan qui travaillait avec son buffle dans la rizière au fond de la vallée en face de la maison, me remplissait toujours d’une douce mélancolie.

Des fois, comme une petite enfant, j’étais à la recherche des petites fleurs et baies sauvages comme des framboises, des myrtilles… D’autres fois, je m’aventurais un peu plus loin, vers les tombes de mon père et de mes frères et sœurs. Là, j’avais vraiment une belle vue panoramique tout autour de moi. Le temple blanc solitaire d’un ermite bouddhiste perché haut sur la colline me paraissait toujours mystérieux.

Mais ce qui attirait mon âme là-haut sur les collines était la voûte immense du ciel qui englobait toutes choses. J’étais restée là des heures et des heures, plongée dans une paix profonde et bénie.

Quand vint la nuit, la colline fut transportée dans un autre monde, le monde des astres lumineux. La voûte du ciel était alors diamantée d’une multitude d’étoiles.

Ma mère connaissait des constellations comme “Le Vieil Homme Céleste”, “La Voie Lactée”, “La petite Ourse”, “La grande Ourse”… Elle me chantait des chansons et me racontait quelques contes sur ces constellations. Parfois quelques membres de la parenté dans le voisinage sont venus nous rejoindre et nous passions ainsi de longues soirées si agréables à la belle étoile, racontant des vieilles histoires du bon vieux temps. J’étais souvent distraite à écouter les autres mais aimais surtout contempler la voûte immense du ciel pur diamantée d’étoiles. J’avais ainsi la chance de voir de temps à autre des étoiles filantes et désirais innocemment qu’une jolie étoile s’égarât un jour dans un coin de ma chère colline !

Une nuit, vers trois heures du matin, je fus réveillée par des cris de grand étonnement et d’admiration venant des maisons voisines. Je sautai de mon lit et sortis dehors. Une lumière éclatante extraordinaire dans le ciel. “Oh !” m’exclamai-je, effrayée, et me prosternai la face contre terre, murmurant quelques mots de prière. Puis je levai doucement la tête pour regarder cet immense phénomène lumineux dans le ciel. C’était une multitude d’étoiles brillantes rassemblées ensemble, ayant la forme d’un arbre gigantesque qui se couchait entre ciel et terre, très proche au-dessus de moi ! Cette étrange masse lumineuse restait là pendant trois ou quatre jours ; elle s’éloigna de la terre pendant le jour et s’approcha d’elle la nuit. C’était vers 1965-66. Était-ce une comète ?

À la fin de cette même année, une crise politique et religieuse causa la fermeture illimitée des universités de Huế. Ma mère et moi, nous devions quitter notre ville natale pour aller à Sàigòn…

(Extrait de « Souvenirs d’Une Petite Âme »)

QUỲNH CHI

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Merci à chi Quỳnh Chi d’avoir autorisé l’Amicale BPDN à publier ce joli texte à l’occasion de la Fête des Mères (3 juin 2012)

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