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Prose

La branche de fleurs du pays natal


Les cours de vietnamien dispensés par Madame Nguyễn Tôn Nữ Hoàng Mai au Lycée Louis le Grand dans les décennies 80, 90 ont permis à de nombreux vietnamiens de réussir au Baccalauréat en prenant le vietnamien comme 1ère ou 2è langue. Non seulement ces jeunes apprennent la langue vietnamienne, mais encore ils commencent à connaître leur pays natal qu’ils ont quitté très jeunes.

Lors d’une soirée théâtrale organisée au lycée Louis le Grand en 1991, une élève du cours de vietnamien s’est adressée à ses cadets à travers un sketch accompagné d’une musique mélodieuse et d’une voix off. En voici le contenu du sketch).

Cher petit frère, chère petite sœur, (1),

Te souviens-tu le premier jour où tu étais allé t’inscrire au cours de vietnamien ? Ce jour là, tu étais encore très timide, égaré. Et lorsque la professeur te demanda : « Pourquoi voulez-vous apprendre le vietnamien ? Tu ne sus que lui répondre : « Pour passer le baccalauréat », puis…, tu balbutias de peur d’offenser la professeur : « Pour mieux connaître le Viet- Nam ».

Mais peut-être dans cette première rencontre insolite, tu avais le sentiment de toucher quelque chose d’ intime et de familial.

Etait-ce parce qu’il s’agissait d’une petite classe, pleine d’élèves vietnamiens avec une professeur vietnamienne – la professeur de vietnamien dans tous les sens du terme : te parler en vietnamien et te faire connaître le Viet- Nam.

Et puis, les jours passaient … tu suivais régulièrement les cours de vietnamien chaque semaine, tu prenais consciencieusement notes des enseignements de la professeur. Tu te liais connaissance avec tes camarades de classe et ensemble vous étudiiez, vous vous êtiez bien amusés, vous vous partagiez des confidences et chose curieuse, les confidences que tu n’avais jamais partagé avec quelqu’un d’autre.

A ce moment, tu te rendais soudain compte qu’auparavant tu avais vécu sans but comme quelqu’un marchant dans un brouillard dense, n’ayant aucun repère, aucun but, et pas… de pays natal. En fréquentant les cours de vietnamien, il semblait que tu te réveillais après un long cauchemar, comme quelqu’un qui découvrait soudain dans son jardin une plante fleurie, bien que petite et simple, mais tellement précieuse : les Fleurs du Pays Natal.

Et tu commençais à t’occuper de cette plante, à la soigner.

Celui qui vit dans son pays natal reçoit l’amour du pays natal nourri par toute la terre et l’eau, le ciel et les nuages, par tout un peuple, il vit avec ce peuple et se sent proche de lui chaque jour.

Ici, dans cette contrée éloignée, tu ne pouvais retrouver ton pays natal qu’à travers un petit nombre de gens ayant le sang de ton pays natal.

C’était la raison qui t’avait poussé à participer aux activités de la classe et grâce auxquelles tu découvrais et développais un certain nombre de tes compétences. Puis, confiant, tu acceptais certaines responsabilités, tu avais des confrontations, des fois tu te mettais en colère (évidemment), mais tu apprenais quand même à accepter les autres, à te réconcilier avec eux, les pardonner afin de continuer ensemble un bout de chemin.

Cher petit frère, chère petite soeur , les cours de vietnamien s’achèvent dans deux mois. T’en souviens-tu ? Tout d’abord, tu fréquentais les cours de vietnamien pour préparer le Bac et connaître un peu le Viet- Nam. Tu constateras que le jour où tu quitteras les cours de vietnamien, ton bagage sera beaucoup plus lourd. Tu quitteras les cours en emportant avec toi l’amour des maîtres, l’amour de la classe et, mieux encore, un amour encore en bourgeons : l’amour du pays natal.

Tes aînés qui ont suivi les cours de vietnamien avec la professeur en quittant l’école, comme toi, ont emporté chacun une branche de fleurs du pays natal encore en bourgeons.

Certains chanceux se trouvaient dans un environnement favorable, les fleurs du pays natal s’étaient épanouies, fraîches ; certains avaient greffé les fleurs du pays natal avec d’autres fleurs engendrant d’autres nouvelles espèces avec de nombreuses autres couleurs.

D’autres, habiles, s’étaient bien occupés de ces fleurs qui, non seulement avaient donné des fleurs plus belles, mais mieux encore avaient fait pousser de nombreux bourgeons.

Cependant chercher son pays natal à travers l’individu conduit des fois au désespoir et à beaucoup d’échecs, n’est-ce pas ? Les épines des fleurs du pays natal parfois nous piquent et nous font très mal. Certains s‘étaient mis en colère et les avaientt écrasées.

Certains, ne pouvant résister aux pressions de la famille, de la société avaient laissé les fleurs pressées, courbées, devenues ainsi difformes.

Certains d’autres, attirés par les invitations de la vie, avaient suivi certaine mode, laissant tomber à leur insu les fleurs à mi-chemin.

Cher petit frère, chère petite sœur, emporte la branche de ces fleurs chez toi, essaie de la cultiver pour qu’elle soit fraîche et forte.

Tu n’es pas obligé de cultiver tes fleurs par devoir envers la patrie, ou tes parents, tes professeurs. Il suffit que tu cultives tes fleurs pour toi-même, pour que tu sois heureux, que tu sois solide sur tes deux pieds. Si tu y parviens, tes parents, tes professeurs et tout le pays profiteront de ta réussite.

En outre, le sais-tu, dans l’avenir, il est certain que quelqu’un va te demander une branche de ces fleurs.

Bach Thai Hao

Soirée théâtrale vietnamienne au Lycée Louis- le- Grand le 18/04/1992.

(1)- En vietnamien, le mot « em » désigne ici une fille ou un garçon moins âgé.